Et si préserver le sens du travail permettait de réduire l’absentéisme et le turnover ?




Un article* paru en août dernier livre une analyse riche d’enseignements sur le sens du travail. Il offre une lecture singulière de ce facteur psychosocial, et interroge les impacts d’un déficit de sens du travail sur la mobilité professionnelle externe, l’adhésion syndicale et l’absentéisme.


Face aux mutations organisationnelles contemporaines, interroger le sens du travail est plus que jamais d’actualité. Comprendre ce qu’il recouvre permet d’ouvrir une perspective permettant de le penser comme une composante de santé au travail et levier d’attractivité des entreprises et d’engagement des salariés


C’est quoi le sens du travail ?

Les auteurs définissent le sens du travail comme étant constitué de trois dimensions :


→ Sentiment d’utilité sociale : c’est-à-dire l’impact perçu du travailleur de son activité sur le monde extérieur ;

→ Capacité de développement : sentiment d’apprendre de choses nouvelles dans son travail et de pouvoir y développer ses compétences ;

→ Cohérence éthique : à savoir la possibilité de travailler en accord avec ses normes éthiques et professionnelles.


Comment évaluer concrètement le sens du travail ?

L’utilité sociale se mesure à travers les questions de type « avez-vous l’impression de faire quelque chose d’utile aux autres ? »

La capacité de développement s’entend comme la possibilité de déployer sa créativité (ou la manière dont organiser son travail), d’apprendre, de développer ses compétences, de réaliser son potentiel, etc. A l’inverse, ressentir de l’ennui dans son travail compromet cette dimension.

La cohérence éthique est mise à mal lorsque qu’un travailleur fait quelque chose qu’il désapprouve, doit faire trop vite une opération qui demanderait davantage de soin. A l’inverse, éprouver un sentiment de travail bien fait, ou pouvoir se reconnaitre dans le travail que l’on fait, sont des facteurs qui préservent la cohérence éthique.


Que produit la perte de sens du travail ?


L’étude longitudinale basée sur près de 17 000 salariés révèle qu’un déficit de sens du travail accroit :

→ La probabilité de mobilité professionnelle (exit) ;

→ La probabilité d’adhésion syndicale (voice) ;

L’absentéisme (loyalty, ou endurance).


Cela peut surprendre, mais c’est la perte de sens du travail, plus que l’intensité du travail ou le manque de soutien social, qui contribue le plus à l’absentéisme.

Le sentiment de ne pas pouvoir développer ses compétences est la dimension du sens du travail qui explique le plus la mobilité professionnelle. L’adhésion syndicale est, quant à elle, favorisée par le manque d’utilité sociale. Néanmoins, la plupart des salariés de l’étude qui souffrent de manque de sens du travail restent en emploi. Sans mobilité professionnelle, ni engagement syndical, ces salariés connaissent alors une hausse significative du nombre de jours d’absence pour maladie.


* « Quand le travail perd son sens. L’influence du sens du travail sur la mobilité professionnelle, la prise de parole et l’absentéisme pour maladie. Une analyse longitudinale avec l’enquête Conditions de travail 2013-2016 », Thomas Coutrot et Coralie Perez. Cette étude longitudinale est basée sur les données d’une enquête sur les conditions de travail entre 2013-2016 portant sur près de 17 000 salariés