Accueil > Événements et publications > Publications > Infos SSCT > Sous-traitance et SSCT : ce que les élus CSE doivent savoir et exiger

La sous-traitance, un enjeu SSCT majeur et souvent sous-estimé

|
travail usine, travailleurs, enjeux SSCT, conditions de travail

« Cette mission sera confiée à un prestataire, il n’y a donc pas de report de la charge de travail associée et les managers n’auront plus à l’encadrer. »

Cette phrase, prononcée par un représentant de la Direction dans une de nos missions récentes, résume bien l’attitude de nombreuses entreprises face à la sous-traitance : le travail sous-traité est perçu comme un problème neutralisé. Finis l’activité à coordonner ou à superviser, les formations à dispenser, les risques professionnels à prévenir, ces domaines étant sous-traités, l’entreprise peut se concentrer sur ses sujets stratégiques.

L’idée qu’un contrat de prestation suffise à faire disparaître les enjeux du travail est un raccourci, parfois dangereux. Pour les représentants du personnel, il est essentiel de ne pas laisser l’employeur évacuer par ce raccourci un sujet qui relève pleinement de leurs attributions.

Sous-traitance : une motivation souvent économique, et une vision réductrice du travail

Si de nombreuses raisons peuvent motiver le recours à un sous-traitant, l’intérêt est le plus souvent économique. Dans certains secteurs comme le bâtiment ou la propreté, la sous-traitance est devenue la norme, au nom de l’optimisation des coûts.

Cette logique repose sur une vision du travail comme une liste de tâches indépendantes, qu’il serait possible de découper et de redistribuer. Le travail réel, que la représentation du personnel connaît et dont elle porte la voix auprès de l’employeur, est bien plus complexe que ça :

La fiche de poste ne reflète jamais parfaitement les aléas que le salarié affronte et résout au quotidien.
Elle ne dit rien de l’engagement et de l’expérience que celui-ci mobilise pour atteindre ses objectifs quand les moyens ne suivent pas.

Quelques exemples concrets :

Établissement de santé 24h/24Le travail de l’agent d’entretien sous-traité interrompt forcément les tâches des salariés qui doivent s’organiser autour de son intervention.
Entreprise de produits de consommationSous-traiter une partie de la chaîne logistique implique un travail de coordination intense et quotidien pour tenir les délais impartis.

Sans prise en compte du travail réel : une mise en danger des travailleurs et une dégradation des conditions de travail

Quand les détails essentiels du travail quotidien ne sont pas pris en compte, les conséquences sont multiples et touchent plusieurs catégories d’acteurs.

1

Les travailleurs sous-traitants

Les entreprises de « bout de chaîne » sont caractérisées par des conditions de travail plus pénibles et accidentogènes. La représentation du personnel y a moins de prise. Ces entreprises favorisent souvent des CDD et des contrats d’intérim moins protecteurs.
2

Les salariés de l’entreprise commanditaire

La coactivité peut être frustrante et parfois dangereuse. Le travail du salarié dépend de celui d’un autre travailleur avec ses propres objectifs et processus. Les accidents ne sont pas limités aux sous-traitants : les salariés commanditaires en sont également victimes.
3

Les salariés managers

Le sous-traitant a ses propres outils, plannings et indicateurs. Le manager doit superviser des travailleurs sur lesquels il n’a aucun pouvoir hiérarchique et pour lesquels il n’est qu’un client parmi d’autres.
4

Les entreprises elles-mêmes

Le recours à la sous-traitance se traduit souvent par une perte de qualité et de fiabilité. Attendre d’un prestataire le même niveau de service qu’un salarié n’est pas réaliste dès lors que son recrutement repose avant tout sur un critère de coût.

Quelles sont les obligations du CSE face au recours à la sous-traitance ?

Le recours à la sous-traitance peut constituer un bon choix organisationnel, lorsqu’il permet à une entreprise de mobiliser des compétences spécialisées ou de simplifier ses opérations. Il cesse de l’être lorsqu’il répond avant tout à une logique économique, sans considération pour son impact sur le travail et les travailleurs.

La sous-traitance affecte en effet la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés, la structure de l’emploi dans l’entreprise, et constitue une décision stratégique à part entière. À ce titre, elle est rattachée à la consultation annuelle obligatoire du CSE sur la politique sociale de l’entreprise, les conditions de travail et l’emploi.

Les représentants du personnel disposent donc de nombreuses occasions d’être consultés sur ses impacts. Ils peuvent également faire appel à un expert pour analyser les conséquences concrètes sur l’organisation du travail, les risques professionnels et la structure de l’emploi.

Lors de ces consultations, les élus ne doivent pas laisser l’employeur présenter le recours à la sous-traitance comme une évidence, ou comme un choix neutre de conséquences.

Votre entreprise a recours à la sous-traitance ?

Nos experts accompagnent les élus CSE pour analyser les impacts sur les conditions de travail, la sécurité et l’emploi, dans le cadre de la consultation sur la politique sociale.

Contacter un expert

Nos derniers articles