Évaluation des risques professionnels : Pourquoi votre CSE doit porter l’approche différenciée femmes-hommes

Depuis 2014, le Code du travail impose d’évaluer « l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe ». Pourtant, cette obligation légale du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) reste largement méconnue. En tant qu’élu CSE, découvrez comment faire de la prévention des risques professionnels genrés une réalité dans votre entreprise.
Risques professionnels femmes-hommes : Des chiffres alarmants
Entre 2001 et 2019, les accidents du travail ont diminué de 27,2% chez les hommes… mais ont explosé de 41,6% chez les femmes. L’absentéisme augmente également plus fortement chez les travailleuses à tous les âges.
Ces écarts révèlent une réalité : femmes et hommes ne sont pas exposés aux mêmes risques professionnels. Les TMS (Troubles Musculo-Squelettiques) touchent majoritairement les femmes, tandis que les cancers professionnels concernent principalement les hommes.

Le problème : l’invisibilisation des risques dans le DUERP
Dans la majorité des entreprises, l’évaluation des risques professionnels se fait de manière « neutre », sans analyse par sexe. Cette approche invisibilise les risques des métiers féminisés (soin, entretien, commerce, accueil).
L’évaluation néglige souvent :
- Les postures pénibles prolongées (station debout, piétinement)
- Le port répété de petites charges qui s’accumulent sur la journée
- Les exigences émotionnelles intenses (relation client, soin)
- Les contraintes organisationnelles (urgence, interruptions, manque de moyens)
Ces risques sont minimisés ou assimilés à des « compétences naturelles » féminines. Résultat : peu de prévention, et une sinistralité qui augmente.
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CSE et évaluation des risques : Votre rôle clé
En tant qu’élu CSE, votre avis doit être sollicité sur le DUERP et le programme annuel de prévention (PAPRIPACT). Voici comment agir :
1. Exiger des données sexuées
Demandez que tous les indicateurs de santé au travail (AT, MP, absentéisme, restrictions d’aptitude) soient systématiquement ventilés par sexe. Sans données, impossible de prioriser les actions de prévention.
2. Vérifier toutes les unités de travail
Insistez pour que les métiers à prédominance féminine (fonctions support, entretien, accueil) bénéficient de la même attention que les ateliers de production dans l’évaluation des risques.
3. Questionner les 6 dimensions clés de l’évaluation
1. Environnement physique : postes adaptés aux différentes morphologies, EPI disponibles en plusieurs tailles
2. Organisation du travail : répartition réelle des tâches, cadences, contraintes de temps
3. Articulation des temps : horaires atypiques, travail de nuit, télétravail, temps partiel
4. Relations de travail : exigences émotionnelles, management, charge mentale
5. Parcours professionnels : risques d’usure, statuts précaires, perspectives d’évolution
6. Santé reproductive : grossesse, endométriose, ménopause
4. Intégrer les VSST comme risque professionnel
Les violences sexistes et sexuelles au travail doivent figurer dans le DUERP sous l’angle organisationnel : quels facteurs de risques (travail isolé, statuts précaires, horaires atypiques) ? Quelles ressources de prévention (référents formés, dispositif de signalement efficace) ?
5. Veiller à la mixité des groupes de travail
La mixité des regards est essentielle pour faire émerger les situations invisibilisées lors de l’évaluation des risques. Insistez pour que les groupes soient représentatifs de la composition de l’entreprise.
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Un bénéfice global : réduire l’absentéisme et respecter la loi
Cette approche différenciée n’est pas une contrainte supplémentaire, mais un enrichissement de la prévention des risques professionnels qui profite à tous :
✅ Adapter les postes aux différentes morphologies bénéficie à l’ensemble du personnel
✅ Limiter le travail de nuit améliore la santé de toutes et tous
✅ Prévenir les VSST crée un climat de travail plus sain
Pour l’entreprise, les gains sont multiples : réduction de l’absentéisme et des coûts associés, amélioration de l’attractivité dans un contexte de tensions de recrutement, prévention des risques juridiques, développement réel de l’égalité professionnelle.
Comment agir dès votre prochaine réunion CSE ?
Vous vous demandez par où commencer ? Voici un plan d’action immédiat :
Lors de la prochaine réunion du CSE : proposez que l’entreprise réalise un autodiagnostic en collectant les données sexuées disponibles (AT, MP, absentéisme, turnover).
Demandez qu’un temps de sensibilisation soit organisé pour le CSE et l’équipe en charge du DUERP sur l’approche différenciée femmes-hommes.
Sollicitez l’appui de votre service de prévention et de santé au travail (SPST), qui peut vous accompagner sur ces questions et réaliser des analyses de poste genrées.
Comme le rappelle le rapport du Sénat de 2023 : « Différencier n’est pas discriminer ». Prendre en compte les différences d’exposition selon le sexe, c’est simplement adapter le travail aux femmes et aux hommes pour préserver leur santé durablement.
Plus de dix ans après l’entrée en vigueur de cette obligation légale, il est temps d’agir. Le CSE est l’acteur clé pour porter ces sujets dans l’entreprise. Nous pouvons vous aider à questionner les données sociales de votre entreprise à travers la consultation annuelle sur la politique sociale et les conditions de travail.
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